Histoire des vaudois : des origines à 1545.

1. LES ORIGINES LYONNAISES DU VALDÉISME

Statue de Vaudès, dit Pierre Valdo, Mémorial Luther à Worms.

Association d'Études Vaudoises et Historiques du Luberon. Tous droits réservés.

Le mouvement vaudois est né de la prédication d’un simple laïc, Vaudès.

Le Valdéisme est d’abord toléré par l’Église romaine, il est ensuite rejeté, le nom de vaudois devenant même synonyme de sorcier ou d’hérétique. :

Le mouvement vaudois est né aux alentours de l’an 1170 à Lyon. Un riche bourgeois de cette ville, Valdès (ou Vaudès), avide de savoir, paye deux moines pour lui traduire du latin, qu’il ne connaissait pas, de larges extraits de la Bible en sa langue maternelle, le franco-provençal.

La lecture de certains textes le conduit à changer de vie,
à vouloir mener celle des premiers disciples de Jésus de Nazareth.
Le récit dans l’Evangile de Matthieu ( 19,21) de la rencontre entre Jésus et un jeune homme riche inspira la suite de sa vie :
« Si tu veux être parfait, va, vends ce que tu possèdes, donnes-le aux pauvres… puis viens et suis moi. »

Vaudès se fait volontairement pauvre, distribue ses richesses aux nécessiteux et se met à lire publiquement les textes bibliques en langue populaire et à les commenter. Le choix de vivre pauvrement n’est pas surprenant à son époque, mais sa volonté de rester à l’état laïc et de ne pas vouloir entrer dans un ordre religieux, par contre, est inhabituelle.

De plus, la prédication publique faite par un laïc va à l’encontre des lois de l’Église romaine. La désobéissance aux règles de l’Église et surtout le choix décisif de ne se référer qu’à la Bible en matière de foi, de se sentir directement appelé par Dieu sans l’intermédiaire de l’institution de l’Église, mettent en question l’autorité des évêques.

La prédication de Valdés multiplie très vite les adeptes :
le mouvement de laïcs « Les pauvres de Lyon » est né.

En 1179, deux vaudois (dont Valdès) vont à Rome au moment du 3ème concile de Latran.
Ils présentent au pape Alexandre III une traduction en provençal de livres de la Bible et sollicitent de lui la permission de prêcher. Soumis à un examen dogmatique et malgré les pièges tendus à Valdès, le pape approuve leur vœu de pauvreté volontaire et autorise Valdès et les siens à prêcher sous réserve de l’accord de l’autorité religieuse locale, évêque ou abbé. En 1180, Valdès comparaît devant un synode réuni à Lyon en présence de l’archevêque Guichard. Il y lit une profession de foi parfaitement orthodoxe et ce synode ne porte aucune condamnation contre lui.

En 1184, après la mort de l’archevêque Guichard, son successeur, Jean de Bellesmains, expulse Valdès et ses disciples du diocèse de Lyon à cause des « abus dont ils se rendaient coupables ».
La vraie raison est que le nouvel évêque juge inquiétantes les activités de Valdès et des siens et la tolérance que certains clercs manifestaient à leur égard.
Il y voyait un risque de division et de subversion de son autorité épiscopale.

L’expulsion des vaudois de Lyon et leur excommunication sont confirmées par le Pape Lucius III au concile de Vérone en 1184.
A partir de ce moment, il n’y a plus aucune trace de présence vaudoise à Lyon.

Vaudès habitait à Lyon dans une rue proche de la maison commune qui, après sa mort, aurait pris le nom de "rue Maudicte". C'est aujourd'hui la rue de la Poulaillerie.
Plan de Lyon au XVIII° s.

2. L’EXPANSION DES VAUDOIS EN EUROPE

Trente ans après Vaudès, François d'Assise distribuait aussi ses richesses et décidait de vivre dans la pauvreté évangélique. Mais au contraire des vaudois, l'ordre des franciscains est reconnu par le pape Innocent III en 1209. Fresque de Giotto à Assise vers 1300

L’éloignement imposé de son berceau signifie aussi pour le mouvement vaudois un éloignement de l’Église de Rome.
Chassé de Lyon, le mouvement se répand là où les prédicateurs vaudois peuvent encore prêcher publiquement. Il s’installe en Provence et surtout dans le comté de Toulouse (Languedoc), ainsi que dans le Nord de l’Italie.

Entre 1184 et 1215, pendant plus de 30 ans, les vaudois ont pu donc circuler encore ouvertement et répandre leur message plus ou moins publiquement dans différentes régions de l’Europe. Déjà du vivant de Valdès la prédication des Pauvres de Lyon atteignait les limites linguistiques des régions de langue romane : Toul (1192), Metz (1199), Liège (1203) et un peu plus tard Reims (1230).
C’est surtout de la région de Montpellier que les prédicateurs vaudois partaient vers le Nord remontant les voies commerciales de la vallée du Rhône et de la Saône.

Les croisades contre les Cathares (1207-1244) broyèrent les communautés vaudoises du sud-ouest et leur condamnation définitive pour hérésie, en 1215 au quatrième concile de Latran, ont limité leur implantation plus au nord, dans le Domaine royal des Capétiens.

Une des régions de la France actuelle où l’implantation vaudoise a été la plus importante tout au long du Moyen–Age est le Dauphiné, terre d’Empire jusqu’en 1349. Le morcellement géographique de ce territoire entre Alpes et Rhône, les querelles entre les différents seigneurs et l’archevêque d’Embrun ont permis au mouvement vaudois de s’y maintenir plus longtemps qu’ailleurs.
Les nombreux procès pour hérésie contre les vaudois qui jalonnent tout le XIVème s. en Dauphiné sont le signe de leur forte expansion dans cette région.

L’autre implantation du mouvement vaudois est le nord de l’Italie, la Lombardie, avec cependant, un idéal différent.

Les « pauvres de Lyon », dans la ligne même de Valdès, se comprennent comme un mouvement de prédicateurs laïcs, itinérants, radicalement pauvres, prêchant la pénitence et le pardon, à la manière des apôtres envoyés deux par deux par Jésus.
Les « pauvres de Lombardie », travailleurs et artisans, vivent en une sorte de communauté de biens, à l’image des premiers chrétiens (Actes des apôtres, 2,4). Ils contestent plus radicalement la validité des sacrements administrés par un « mauvais » prêtre.

Le mouvement vaudois s’est implanté au nord des Alpes, à partir de la Lombardie.

La présence des vaudois y est surtout attestée par des documents d’origine inquisitoriale : Lac de Constance (1243), Ratisbonne (1262), villes d’Autriche (1266).
Puis, tout au long du XIVème s. les procès pour hérésie vaudoise se suivent de la Suisse jusqu’aux rives de la Baltique en passant par la Souabe, la Bavière, La Franconie, la Saxe, la Bohème, le Brandebourg, la Silésie.

Carte MC/JJD 02/2010

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3. LES VAUDOIS ET L’ÉGLISE ROMAINE

Progressivement, les Vaudois se voient contraints et forcés de se séparer de l’Église catholique.

Les vaudois, malgré la condamnation dont ils font l’objet au concile de Vérone (1184) pour « usurpation du ministère de la parole » se considèrent toujours comme membres de l’Église et participent à ses sacrements.

Leur pratique est familiale, sous la direction de prédicants itinérants, les « frères » appelés « barbes » en langue romane ; avec lecture de la Bible en langue vulgaire, prières, prédication et confession individuelle des péchés. Le peuple et même le clergé local les considèrent favorablement en raison de l’exemplarité de leur vie.La hiérarchie de l’Église romaine espéra longtemps que les vaudois l’aideraient dans la prédication contre l’hérésie cathare.

Après la mort de Valdès, vers 1207-1208 et la condamnation définitive comme « hérétiques » au concile du Latran en 1215, une réunion de délégués des deux courants vaudois, les « Lyonnais » et les « Lombards », s’est tenue en 1208, à Bergame en Italie. Ils décident la tenue annuelle d’un chapitre des « frères » représentants des communautés. Celui-ci doit édicter des règles de discipline et désigner deux « recteurs » qui contrôleront l’action des prédicateurs itinérants. Il ne s’agit pas de créer une hiérarchie concurrente de celle de l’Église, mais de poursuivre la mission confiée aux apôtres par le Christ. Après la rencontre de Bergame, les vaudois vont prendre conscience de leur identité et d’être en opposition à l’autorité du pape.

Ils reprochent à la papauté romaine d’être devenue une autorité temporelle en ayant accepté, au IVèmes. la « donation de Constantin » au pape Sylvestre.

Les vaudois se placent ainsi dans la continuité apostolique. Ils condamnent la décadence du catholicisme par l’enrichissement de la papauté et de son clergé et rejètent les traditions qu’ils jugent entachées d’erreurs. Leur idéal de pauvreté évangélique s’oppose à une église romaine accusée d’avoir trahi l’Évangile.
Ils se considèrent désormais comme la seule vraie Église du Christ.

Face aux excommunications lancées par la hiérarchie catholique, les vaudois vont créer de nouvelles formes de vie cultuelle.

Ils élaborent une doctrine théologique spécifique inspirée des textes bibliques : négation du purgatoire, du sacerdoce, du culte des saints, de la prière pour les morts, non violence et refus du serment.
L’administration des sacrements est confiée à des laïcs, les « amis », toujours sous la direction spirituelle des prédicateurs, les « barbes ».
Cependant, quelques groupes du Languedoc, les « pauvres catholiques » reviennent au sein de l’Église romaine.

En 1231, le tribunal de l’Inquisition est créé. Il est confié aux dominicains et aux franciscains qui relèvent directement du pape.

"Deux écrits de l’époque, « La vie du pape Alexandre III » (1216) et « les actes de l’Inquisition de Carcassonne » (1241) accusent les vaudois de s’être mélangés aux « hérétiques locaux » (Cathares, Humiliés, Henriciens, et autres…)
L’inquisition se déchaîne alors, mais au XIVème s une profonde crise morale et spirituelle de l’Église romaine va favoriser l’expansion du mouvement vaudois à toute l’Europe.

la donation de Constantin (détail),
fresque de Gianfrancesco Penni. Salle de Constantin. Vatican.

L'Empereur Constantin Ier (272-337) aurait donné au pape Sylvestre la primauté de l'Eglise d'Orient et le pouvoir impérial sur l'Occident.

4. LES VAUDOIS ET LES AUTRES MOUVEMENTS CONTESTATAIRES

Très importante pour les vaudois fut l’influence de deux grandes figures radicales de la critique de l’Église :

l’anglais John Wyclif (1328-1384) et le tchèque Jan Hus (v.1369-1415).

Leur pensée a marqué fortement le mouvement vaudois de l’époque. Plusieurs écrits de Hus et de ses disciples ont été traduits en provençal pour les vaudois du sud.
Dans son écrit « De dominio divino » John Wyclif affirme qu’il faut complètement soustraire le pouvoir temporel des princes à l’autorité du pape et propose la « nationalisation » de tous les biens d’Église. Il est vrai que l’installation de la papauté à Avignon à partir de 1309 avait privée celle-ci des revenus des États pontificaux. Jean XXII (1316-1334) mit alors au point un système d’imposition très contraignant : les États des princes retardataires ou récalcitrants étaient frappés d’interdit (impossibilité de célébrer tous les offices religieux).

A partir du Grand Schisme (1378-1417), pendant lequel il y eut 2 voire 3 papes, les attaques de Wyclif contre la papauté ont pris peu à peu une tournure théologique.

Wyclif met en avant l’autorité première des textes bibliques et fait faire une traduction de la Bible en anglais. Pour lui, les décisions des conciles et des papes ne sont que des déclarations humaines et n’ont aucune valeur si elles ne sont pas tirées des Écritures. Il condamne alors l’adoration des saints et des reliques, la multiplication des fêtes religieuses, les indulgences, la confession individuelle obligatoire. Il admet la présence réelle du Christ dans l’eucharistie mais dénonce la doctrine de la transsubstantiation. Pour lui, la vraie Église est la communauté invisible des prédestinés au salut et le seul chef de l’Église c’est le Christ.

Le 5 mai 1415 le Concile de Constance condamna John Wyclif à titre posthume comme hérétique et ordonna la destruction par les flammes de tous ses écrits.
En Bohême, le théologien Jan Hus devint le porte parole de la contestation.

Le mariage de la sœur du roi de Bohème avec le roi d’Angleterre et l’arrivée de professeurs de l’université d’Oxford à Prague avaient favorisé la diffusion des idées de Wyclif en Bohême. Ces idées exacerbèrent le « nationalisme » des tchèques qui souffraient de la suprématie des enseignants de langue allemande à l’université de Prague.

Jan Hus fut invité au concile de Constance réuni alors pour trouver une solution au Grand Schisme. Mais les conservateurs l’emportèrent : Jan Hus fut arrêté, jugé, condamné et brûlé. Il vécut son supplice comme imitation de la passion du Christ.
La nouvelle de sa mort souleva toute la Bohème et aboutit à la création d’une Église « hussite » avec laquelle le mouvement vaudois, fortement implanté en Europe centrale collaborera activement.

Les guerres, menées alors contre les hussites par les souverains d’Europe centrale, réduisirent l’implantation hussite à peu de chose en Bohème et exterminèrent les vaudois partout où ils s’étaient implantés au nord des Alpes. Le dernier grand chef vaudois, Frédéric Reiser, fut brûlé vif à Strasbourg en 1447.

A la fin du Moyen Age seules les hautes vallées des Alpes méridionales, des deux cotés du col du mont Genèvre offrent un refuge précaire aux vaudois persécutés.

Le supplice de Jan Huss (Chronique de Spiezer, 1485)

Jan Huss vécut son supplice avec un grand courage, en imitation de la passion du Christ, continuant à prêcher tandis que les flammes l’entouraient.

5. LA RENCONTRE AVEC LA RÉFORME PROTESTANTE

Vaudès est représenté au pied de la statue de Luther comme Wyclif, Jan Huss et Savonarole en tant que précurseurs de la Réforme au Mémorial de Worms
Lien: Texte d'Evangile et Liberté sur Luther.

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Au début du XVIème siècle la Réforme éclate en Europe. Les écrits de Luther et des autres réformateurs, ne laissent pas indifférents les « Pauvres de Lyon ».

Au XVème siècle déjà les vaudois du Brandebourg avaient rejoint les « Frères de Bohême » héritiers du mouvement hussite. Les réformateurs voient en eux les précurseurs de leur réforme : à Worms, au pied du monument élevé au XIXème siècle à la mémoire de Luther figurent le français Valdès, l’anglais Wycliffe, le tchèque Hus et l’italien Savonarole. Il est vrai que les régions où les vaudois étaient implantés ont plus facilement accueilli la Réforme.

En 1530, l’assemblée annuelle des vaudois, réunie à Mérindol, décida l’envoi de deux émissaires, Georges Morel et Pierre Masson auprès d’Oecolampade et de Bucer, réformateurs de Bâle et de Strasbourg. Pierre Masson fut arrêté sur le chemin du retour, mais Georges Morel a pu faire un rapport favorable de cette rencontre (conservé à la bibliothèque du Trinity Collège de Dublin).

En septembre 1532 eut lieu une réunion annuelle au lieu dit de Chanforan, dans le val d’Angrogne, en Piémont.

Au cours de cette assemblée mémorable les barbes et autres responsables vaudois ont invité des représentants de la Réforme, dont Guillaume Farel, le réformateur de Neuchâtel en Suisse, originaire de Gap, lui-même de famille vaudoise et ami de Calvin. Après un long débat, les délégués des Alpes, de Calabre, des Pouilles et de Provence, ont décidé d’adhérer au mouvement réformé et d’en accepter les thèses.
Malgré le refus d’une minorité attachée aux pratiques vaudoises traditionnelles, la plupart des groupes vaudois ont accepté ce ralliement : les régions habitées par les vaudois devinrent des centres de développement de la Réforme.

----- --- A Chanforan, les vaudois ont décidé de financer l'édition d'une Bible traduite en langue française à partir des textes hébreux et grecs par un cousin de Calvin nommé Olivétan. L'ouvrage fut imprimé en 1535

En quelques dizaines d’années, les Vaudois sortirent de la clandestinité pour constituer des Églises protestantes établies, des « Églises dressées. »

Si le modèle calviniste l’emporta, c’est qu’une majorité de barbes pensèrent que l’avenir de leur communauté se trouvait dans le mouvement réformateur francophone tel qu’il s’était établi à Genève. Ce fut une mutation théologique et culturelle considérable accompagnée de la lecture de la Bible en français, de la construction de temples et de l’installation de pasteurs, souvent formés par Calvin.
La Réforme a trouvé dans le Valdéisme une fidélité aux valeurs apostoliques et dans les vaudois des précurseurs ; enfin, avec les consistoires et autres conseils des « anciens », un modèle de structure d’église reposant sur l’engagement des laïcs.

Le valdéisme n’a pas disparu pour autant car les communautés protestantes issues du mouvement vaudois ont gardé jusqu’à nos jours leur appellation première en Italie et en Amérique du Sud.

Théologie vaudoise et théologie réformée

Les convictions sur lesquelles vaudois et protestants pouvaient se rejoindre:

- La Bible seule règle infaillible pour le foi et la vie chrétienne;

- Rejet d'une hiérarchie dans l'Eglise;

- Refus du purgatoire et des messes pour les défunts;

- Refus de prier les saints intercesseurs et la vierge Marie.

Mais des divergences sur d'autres points:

- Validité des bonnes oeuvres pour la réalisation du Salut;

- Importance de la confession individuelle des péchés;

- Refus de porter les armes.

6. LES VAUDOIS EN LUBERON ET BASSE PROVENCE

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A la fin du XV° siècle la Provence est ravagée par les guerres, les épidémies et les brigandages.
Les terres sont en friche et la plupart des villages du Luberon ruinés et désertés.

Pour repeupler leurs terroirs et les remettre en valeur, les seigneurs font venir des colons des vallées vaudoises du Dauphiné et du Piémont.

Près de 6000 personnes s'installent dans la région du Luberon de 1490 à 1520. Ils arrivent par familles entières. Les seigneurs passent avec eux des contrats : les « actes d'habitation ». 16 villages sont concernés par cette « colonisation ». Venus ensemble des villages vaudois alpins, ils se regroupent par lieu d’origine dans certains sites auxquels ils donnent souvent leur nom: une quarantaine de localités sur les versants Nord et Sud du Luberon, hameaux et bastides (grosses fermes à l'écart des villages).

Ces « hérétiques » ne font pas parler d’eux : ils pratiquent au grand jour les rites catholiques tout en recevant chez eux l'enseignement de leurs « barbes ». La situation change à partir de 1531-1532.

François Ier, inquiet des divisions religieuses dans son royaume et le pape, dont les terres d’Avignon sont voisines, ordonnent aux évêques et aux parlements de poursuivre les « mal sentant de la foi » accusés « d'hérésie vaudoise et luthérienne ».
Entre 1532 et 1539, plus de 400 personnes sont poursuivies par l’inquisiteur Jean de Roma (dont 93 % venant du Luberon). Jusqu'en 1560, plus de 2000 personnes furent inquiétées pour leur foi, les 2/3 d’entre eux étant des « Pauvres de Lyon ».

L'exécution d’un meunier, Colin Pellenc, et la confiscation de ses biens provoquent une réaction des vaudois de Mérindol qui saccagent le moulin confisqué. Le 18 novembre 1540, le Parlement d'Aix prend un arrêt contre 22 habitants de Mérindol, les condamnant à être brûlés vifs. Leurs biens seront confisqués et leurs familles expulsées, toutes les bastides et maisons de Mérindol devront être rasées.

Après plusieurs atermoiements, pour raisons politiques, le roi ordonne seulement le 31 janvier 1545 l'exécution de l’arrêt pris contre Mérindol.

Par un arrêt du dimanche 12 avril 1545, le Parlement d'Aix décréte à la va vite « la totale extirpation des dits vaudois et luthériens ».
Un esprit de croisade souffle alors sur la Provence. Les troupes aguerries qui devaient embarquer à Marseille après la victoire de Cérisoles sur les Espagnols de Charles Quint, sont mises aux ordres du capitaine Polin, baron de la Garde, et rassemblées à l'armée féodale. Ce sont près de 5000 hommes qui vont mettre le Luberon à feu et à sang.

L'opération militaire commence le lundi 13 au départ de Pertuis. Pendant que le 1er président du Parlement de Provence, Meynier d'Oppède, intervient à Villelaure et Lourmarin, le capitaine Polin envahit les villages de la vallée d'Aigues.
L'armée du légat pontifical investit de son côté Cabrières d'Avignon.
Tous les villages vaudois, abandonnés par leurs habitants sont mis à sac et brûlés.
Ceux qui tombent aux mains des soldats, vaudois ou catholiques, sont impitoyablement massacrés.
Des centaines d'hommes sont envoyés aux galères.

Les vainqueurs de Cérisoles (détail).
Bas-relief du tombeau de François Ier par Pierre Bontemps. Basilique de Saint Denis.

Bien que de nombreux vaudois aient trouvé refuge jusqu'à Genève, la présence vaudoise a réussi à se maintenir dans le Luberon. La tourmente passée, ceux des vaudois y ayant survécu sont revenus et ont rebâti leurs villages. Cette expédition punitive eut un retentissement négatif en Europe, en particulier auprès des princes allemands et des cantons suisses protestants.
Il laissa un traumatisme indélébile dans la mémoire collective de la région.

MERINDOL site vaudois

IN MEMORIAM

Le souvenir des évènements tragiques de 1545 perdure grâce aux inscriptions qui rappellent qu'au cours de l'été 1978 les associations vaudoises d'Allemagne, de France et d' Italie, ont planté la pierre du souvenir au milieu des ruines de l'ancien château. " Pardonne et n'oublie pas. "

Tout ce récit historique est depuis 2010 sur les panneaux informatifs réalisés par l'Association d'Études Vaudoises et Historiques du Luberon. Tous droits réservés.

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